Guerre de l’eau en Essonne: délicate mise en ordre de bataille des collectivités et … fabuleux destin d’une sénatrice Essonnienne


Tandis que les élus hésitent à franchir le pas de la confrontation avec Suez,
celle-ci recrute parmi eux pour mieux les combattre

Il y a maintenant 6 mois qu’a été acté l’échec des discussions entre Suez et les intercommunalités sud-franciliennes, visant la restitution des usines de production d’eau potable accaparées abusivement par la mutinationale.

Fin des négociations

Cet échec marque la fin des espoirs (ou des illusions ?) d’obtenir à l’amiable un accord conforme à l’intérêt général et aux besoins des habitants rançonnés par la multinationale pour leur desserte en eau potable.

C’est le moment de vérité, pour les élus fondateurs du Syndicat Eau du sud francilien (SESF), qui avaient annoncé être prêts à engager l’épreuve de force en cas d’échec.

Une réunion a été organisée à Evry, le 29 avril 2024, pour informer les élus des communes concernées de cette nouvelle donne. Elle a mis en lumière des divergences d’approche problématiques entre les présidents des 4 intercommunalités fondatrices l’an dernier du SESF (les Agglomérations GPS, CDEA, VYVS, et l’Etablissement public GOSB).

Pour la vidéo reprenant les temps forts de cette réunion, cliquez ICI.

Tous ensemble, mais comment?

Si la volonté d’ un front commun face à Suez reste affichée par tous, c’est moins évident pour concrétiser les actions coercitives annoncées suite à l’échec des négociations (cf leur communiqué de presse du 15 décembre 2023) . Jugez-en :

  • la dernier réunion du SESF a certes décidé de mandater son président Michel Bisson pour saisir l’Autorité de la Concurrence de l’abus de position dominante de Suez,..mais sans fixer de date- butoir pour cette saisine ! Une Saisine qui pourrait donc être différée, dans l’attente d’un hypothétique revirement et d’une offre inédite de Suez. De ce fait, nous ne sommes pas très loin d’un report aux calendes grecques.
  • le projet de saisir la justice, pour faire reconnaître nos usines de production d’eau potable comme « biens de retour » devant être restituées aux collectivités après leur utilisation par Suez pour le service d’eau potable, a été écarté lors de la réunion par M. Bisson, au motif que la jurisprudence récente de la CEDH (cour européenne des droits de l’Homme) à ce sujet, « ne serait pas valable dans notre situation ».
  • l’exigence d’informer et mobiliser dans cette bataille les habitants spoliés par la surfacturation de Suez a été reprise par M. Leprêtre (président de GOSB), mais les 3 autres présidents ne veulent pas en entendre parler dans l’immédiat. Pour eux, cet enjeu de réappropriation publique est l’affaire des collectivités et institutions, à régler discrètement à l’amiable ou juridiquement.
    Le discours le plus inquiétant en ce sens étant tenu par François Durovray (Président de Val d’Yerres-Val de Seine et du Département de l’Essonne). Pour celui-ci, les habitants sont hors jeu, et il s’est même permis d’exiger un chèque en blanc des élus municipaux assistant à la réunion : « quelque soit le choix que nous ferons, je vous demande de l’accepter !! ». une formulation qui laisse le champs libre à de petits arrangements dans les coulisses, rappelant les années noires de gestion opaque de l’eau, en connivence entre business et politique .

Trois raisons de rester pourtant optimiste


1- D’abord la résolution et la mémoire infaillibles des élus Grignois (Philippe Rio, vice-Président à l’eau et président de la régie de GPS, et Jacky Bortoli , membre de l’exécutif du nouveau SESF), toujours là pour rappeler à leurs collègues leur engagement commun, pris face aux habitants, de mettre effectivement tout en œuvre pour faire plier Suez et ses actionnaires.
2 – Ensuite, la motivation des président.e.s des régies publiques créées en Essonne, qui ont insisté sur la nécessité de compléter cette avancée avec la maitrise des outils de production l’avancée réalisée avec le passage de la distribution de l’eau.
3- la confirmation de l’apport indispensable des habitants et leurs associations dans cette bataille, qui concerne leurs besoins quotidiens les plus essentiels.

Il a fallu que nous nous invitions à la réunion du 29 avril dont nous avions été écartés , il nous a fallu y prendre la parole pour rappeler à tous les présents la volonté des actionnaires de Suez :

  • la remise en cause de la réappropriation publique des usines de production, pour n’accepter qu’une simple « cession d’actifs » aux collectivités,
  • la main mise définitive des fonds d’investissements sur Suez, avec l’arrivée du fond vautour Blackrocks au premier rang de ses actionnaires. Dans un seul but : faire de l’eau pour l’éternité à un vecteur de profit, dans le sud-francilien comme ailleurs, ce qui exige de notre part une mobilisation à la hauteur des enjeux.

La fabuleuse et lucrative reconversion de Daphné Ract-Madoux, sénatrice de l’Essonne

Tandis que les élus réfléchissent, Suez ne perd pas de temps pour prendre l’offensive. Sans hésiter à recourir aux moyens les plus immoraux.
Conscients du caractère indéfendable de leur modèle mercantile de l’eau, les actionnaires de Suez tentent de l’emporter, en divisant et « infiltrant » le microcosme des élus essonniens. Avec la création d’un nouveau poste de lobbyiste grassement rémunéré, pompeusement nommé « Directrice des relations avec les collectivités d’Ile de France».
Et la mercenaire recrutée à ce poste est….Daphné Ract-Madoux : une élue d’Itteville, membre du bureau exécutif national du Modem et, surtout, ancienne accolyte d’Olivier Léonhardt, grand manitou du Centre Essonne, et remplaçante de ce dernier au Sénat pour terminer son mandat. Une expérience brève de 18 mois, puisque battue ensuite en 2023 sous les couleurs de la macronie .
Une élue embauchée pour exploiter activement son réseau en vue de semer la débandade parmi les collectivités au bénéfice de ses nouveaux patrons, puisqu’elle mélange sur sa carte de visite Linkedin son nouveau poste de lobbyiste de Suez et celui « d’ancienne sénatrice de l’Essonne ».
Décidément, l’Essonne n’en a pas encore fini avec le mélange des genres et des conflits d’intérêt entre mandat public et monde des affaires.

Daphné Ract-Madoux et ses colistiers aux élections sénatoriales de 2017 en Essonne

Charge à nous d’obtenir le débat et la consultation publics équitables, protégés de ces grenouillages et jeux d’influence malsains.

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