Les usines de production d’eau potable qui doivent être restituées aux Essonniens

140 ans de privatisation et de spoliation.
Les réseaux d’eau potable des villes, fondés sur les fontaines, alimentés par des aqueducs, se sont construits à partir du Moyen-âge sous l’égide des municipalités; ce n’est en général qu’à partir du 19ème siècle que les grandes entreprises privées se les sont accaparés.

C’est le cas à Paris, suite à l’élection de Jacques Chirac, qui délègue à compter de 1984 la gestion de l’eau potable en partage à Suez (rive Gauche) et Veolia (rive droite).

En banlieue parisienne, par contre, les communes se sont trouvées placées sous l’emprise des entreprises privées dès la création de leurs réseaux d’approvisionnement en eau potable, avec une intervention déterminante des préfets pour privilégier ce mode de gestion.
C’est ce qui a conduit au partage séculaire de l’Ile de france, permettant : – à Veolia de faire main basse sur l’essentiel de la « petite couronne », par l’entremise du SEDIF (Syndicat des eaux d’Ile de France), sous la forme 100 ans de délégation renouvelée systématiquement,

  • et à Suez de s’enrichir aux dépends de la majeure partie urbanisée de la Grande Couronne (ancienne Seine et Oise, dont l’Essonne).

Avec, dans ce dernier cas également, une reconduction systématique des délégations des services publics d’eau potable, dépossédant les communes de toute maîtrise et même de toute connaissance sérieuse des infrastructures support de la production et la distribution de l’eau.

C’est dans ce contexte que le Réseau interconnecté Sud Francilien, (RISF) a été organisé par étapes, d’abord sous l’égide de la Société lyonnaise des eaux et de l’éclairage (SLEE), créée en 1880, devenue Lyonnaise des Eaux en 1931, puis Suez, sous-couvert de filiales à 100 % parmi lesquelles Eau du Sud Parisien (ESP), la société des eaux de l’Essonne

Ce réseau s’est consolidé lors de la création des villes nouvelles, avec un fort développement dans les années 1970,marqué par la réalisation de l’usine de Morsang et des principales canalisations de transport d’est en ouest de gros diamètre 1200 et 1000 mm
Certaines parties de ces réseaux dits de transports sont publiques.

Ils sont desservis par 4 usines: 3 dont Suez revendique la propriété, et la 4ème (propriété de la Ville de Corbeil-Essonnes et désormais de Grand Paris Sud)
L’ensemble de ces sites peut produire et distribuer jusqu’à 440.000 m 3 d’eau potable par jour grâce à un réseau interconnecté long de 4.500 km

Un réseau qui alimente plus d’un
million d’habitants répartis sur quatre départements

Depuis 40 ans, le RISF perdure sous la forme d’un réseau d’une longueur totale de 4500 km, pouvant distribuer jusqu’à 440 000 m3 d’eau potable par jour produite dans 4 usines, dont l’eau potable est très majoritairement issue de procédés très lourds de repotabilisation d’eau de la Seine.

C’est ces 4 usines de bord de Seine, toutes situées en Essonne, qui doivent être restituées aujourd’hui aux essonniens et à leurs élus.

Leur présentation du Nord au Sud respecte la chronologie de leur création:

1° L’usine de Vigneux sur Seine,

9 chemin de port Brun, dont la construction initiale remonte à 1890.

Témoignent de cette époque des bâtiments et une conception assez rustique de la protection du site.

nos amis les bêtes sont en charge du plan vigi-pirate à Vigneux


S’étendant sur 3,6 hectares, dont 1/3 d’installations de traitements, elle fait tout pour échapper aux regards et tourne le dos à sa commune d’accueil. Implantée à la limite nord du Département entre les voies ferrées du RER D reliant Villeneuve Saint-Georges à Juvisy, la confluence de l’Yerres avec la Seine, et divers activités de BTP ou de logistique, les déchets qui jonchent ses abords augurent mal de l’hygiène absolue qui doit caractériser son activité :

…..ou côté Seine

Cette usine a été très largement rénovée il y 25 ans, avec l’installation d’un procédé dit « d’ultrafiltration » .
Des travaux financés à l’époque par d’importantes subventions publiques (30% du coût , principalement de la part de l’Agence de l’eau) et par les usagers, avec un surcoût évalué entre « 20 à 40 centimes de plus » au mètre cube, répercuté sur les factures (bonjour la précision….). Les dirigeants de Suez vantaient alors une eau désormais « d’une pureté comparable à celle de l’eau de source », et « d’une qualité bien supérieure à celle exigée par les normes en vigueur ».
l’eau de cette issue est issue à 100% de la Seine, avec des prélèvements en 2019 inférieurs de 25% à ceux de 2012: ce qui signifie que, désormais l’usine fournit un volume d’eau représentant seulement 38% de ses capacités potentielles.

2°) l’usine de Viry-Châtillon

Construite en 1931 , soit il y a 91ans, l’eau qu’elle produit est issue à 87% d’un captage en Seine et 13% de forages aux abords de l’usine, puisant dans les nappes souterraines profondes de l’albien et du sparnacien.
Sa production effective est aujourd’hui de l’ordre de 44% de ses capacités (120 000 m3 par jour , soit 44 millions de m3 environ par an)
Elle a enregistré également une baisse de production d’environ 25% de 2012 à 2019 (dernière année connue),

3°) L’usine de Corbeil-Essonnes

dite « Usine Philippe de la Clergerie », Rue Louis Beaudoin. Elle désormais approvisionnée uniquement par un captage en Seine, Chemin des bas vignons . Au départ construite par la Ville d’Essonnes après la seconde guerre mondiale, elle a été largement agrandie et modernisée en 1974 et a adopté en 2010 le même procédé d’ultrafiltration , « Cristal », que celui installé à Vigneux en 1997.

Cette usine est donc la seule des 4 a être propriété publique. Elle a été transférée de la Ville de Corbeil-Essonnes à la communauté d’agglomération GPS, quand cette dernière a repris la compétence Eau potable pour le compte de ses communes. Ce qui n’empêche pas Suez de la considérer comme partie intégrante de son patrimoine, et comme éléments à part entière du RISF, dans tous ses documents.
Sa production actuelle représente à peine 40% de ses capacités potentielles, et, plus encore que les autres usines, a fortement baissé, de 50%, entre 2012 et 2019.

4°) l’usine de Morsang sur Seine

vue aérienne de l’usine de Morsang sur Seine


C’est à la fois la plus importante et la plus récente du RISF. Elle a été réalisée et inaugurée en 1970 pour faire face à la construction des Villes nouvelles d’Evry et de Melun-Sénart, dont les objectifs initiaux de population étaient largement supérieurs à ce qu’ils sont advenus.
L’usine représente à elle seule la moitié des capacités de celles qui alimentent le réseau interconnecté du sud francilien. Elle aussi à une production largement inférieure à ses capacités : 57%, et en baisse au cours de la dernière décennie, d’environ 20%.

Tableau de synthèse des capacités de production des 4 usines du RISF en Essonne

Au total, on voit qu’à peine la moitié de la capacité des usines est aujourd’hui utilisée.
D’autre part, on relève que la capacité maximale de Morsang sur Seine serait aujourd’hui suffisante pour répondre aux besoins d’alimentation de tout le réseau.

L’alimentation des intercommunalités sud-franciliennes est très en deça des capacités de production du RISF

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