Une consultation « publique » a été lancée en catimini le 15 septembre pour s’achever dès le 15 octobre. Son objet mériterait pourtant une mobilisation importante des essonniens et plus particulièrement des usagers desservis en eau potable par l’usine de production d’Itteville

De quoi s’agit-il? Du projet de la société canadienne Vermilion de prolonger et développer ses forages pétroliers dans le centre Essonne jusqu’à la date limite de leur activité fixée par la loi en 2040.
Vermilion est une multinationale canadienne qui affiche sans scrupule son ambition de développer ses forages pétroliers et gaziers partout où il est implanté en Amérique du Nord, autour des Iles Britanniques, mais également en France, où il exploite aujourd’hui 75% des forages pétroliers en activité. Implanté en Aquitaine et dans le sud de l’Ile de France, ses forages en Essonne représente environ 20% de sa production nationale.
Contrairement à d’autres exploitants d’énergies fossiles qui dépensent des millions d’euros en communication « verte » et en lobbying pour nous faire croire à leur volonté d’en sortir, Vermilion affiche sans gène son ambition de poursuivre et développer sa production climaticide le plus longtemps et le plus largement possible.
Un promoteur de l’exploitation du gaz de schiste en France
En 2010, il était en première ligne pour obtenir du Gouvernement français des permis d’exploration des ressources en gaz de schiste en vue d’imposer leur exploitation en France. Particulièrement En Essonne, dans toutes les concessions pétrolières que Vermilion avait acquis les années précédentes. Une fuite en avant vers des forages utilisant la fracturation hydraulique, particulièrement dévastatrice pour notre sous-sol et nos nappes phréatiques. ces projets avaient suscité une forte mobilisation citoyenne dont notre blog de l’époque s’était fait l’écho en décembre 2012: Une odeur de gaz de schiste dans le Val d’orge aussi et en octobre 2013: Samedi 19 octobre , rassemblement au Plessis-Pâté
A l’époque, l’ampleur de la mobilisation citoyenne avait conduit le gouvernement à finalement refuser l’exploitation du gaz de schiste, obligeant Vermilion et les autres compagnies pétrolières à remballer leurs projets destructeurs.
Condamné à limiter ses activités climaticides en France à l’exploitation « classique » du pétrole, Vermillion remonte au créneau en 2017 quand Nicolas Hulot, alors ministre prépare une loi de sortie progressive de l’extraction des hydrocarbures.
Son projet initial interdisait la prolongation des concessions d’exploitation arrivant à expiration : certains projets pétroliers et gaziers se seraient arrêtés dès 2021 et il ne devait plus rester que quelques puits ouverts en 2030.
Une multinationale prête à tous pour préserver ses profits
En août 2017, plusieurs courriers relatifs au projet de loi Hulot sont adressés au Conseil d’État. L’un émane du cabinet d’avocats privés mandaté par Vermilion. La société et ses avocats menacent de poursuivre la France en justice en vertu de l’ISDS, si la loi prévue était promulguée. l’ISDS, ce sont ces tribunaux privés internationaux censés arbitrer les différents entre investisseurs privés et Etats, à l’abri de la justice des pays concernés.
La lettre de Vermilion affirmait ainsi que le moratoire prévu par Hulot sur le renouvellement des concessions d’exploitation pétrolière constituerait une violation du Traité de la Charte de l’énergie (TCE). Un accord international datant des années 1990 confère des droits étendus aux investisseurs étrangers.
Vermilion savait pertinemment qu’il serait très difficile au gouvernement de d’ignorer la menace d’une plainte ISDS qui pourrait coûter à la France un milliard de dollars. Le recul du gouvernement français, qui s’est plié quelques mois plus tard aux exigences des grands groupes pétroliers, a montré l’efficacité de cette offensive.
Nicolas Hulot, avant de laisser la place, rédigea finalement un texte qui se borne à prévoir la fin de l’extraction d’hydrocarbures sur l’ensemble du territoire français, outre-mer inclus, à l’horizon 2040, sans anticiper cette sortie, au mépris des exigences de l’accord de Paris.
Encouragé par cette reculade gouvernementale, Vermilion n’a eu de cesse depuis 2017 d’annoncer un développement de ses sites de production comportant de nouveaux forages, en Acquitraine et Ile de France. C’est le cas aujourd’hui avec sa demande de renouvellement jusqu’en 2040 de sa concession pétrolière d’Itteville: une concession dont 2 des principaux puits de pétrole se trouvent dans les zones de protection rapprochée des captages d’eau potable de l’usine d’Itteville qui alimente toutes les communes du sud de Coeur d’Essonne Agglomération !

Une grave menace pour nos ressources souterraines en eau…..
C’est toutes les nappes phréatiques du secteur qui sont menacées par les installations de Vermilion : Ses forages atteignent 1500 mètres de profondeur, traversent plusieurs niveaux d’aquifères, ainsi qu’en témoignent cette vue en coupe du sous-sol traversé par les puits de pétrole :

Sont ainsi exposées:
Les nappes du Tertiaire : composées des nappes de l’Oligocène (Nappe de Beauce), de l’Eocène supérieur (Nappe de Champigny), de l’Eocène inférieur à moyen (Nappe de la Craie). Utilisées pour l’alimentation en eau potable, les besoins agricoles, de lutte contre les incendies et l’arrosage individuel et collectif, ces nappes sont vulnérables aux pollutions anthropiques,
Les Nappes profondes de l’aquifère multicouche de l’Albien – Néocomien: une ressource protégée des pollutions de surface mais enjeu pour l’eau potable.
Mais il n’y a pas que le sous-sol qui se trouve affecté; la poursuite de l’exploitation d’hydrocarbure menace aussi les eaux superficielles.
Le périmètre dominé principalement par la rivière de l’Essonne, mais aussi par la rivière de la Juine au Nord-Ouest de la zone, 2 rivières qui drainent l’eau de surface mais également les nappes souterraines.
La prise d’eau d’Itteville dans la rivière de l’Essonne, source principale de l’alimentation en eau potable de l’usine d’Itteville est 300mètres à peine d’un des forages de Vermilion.
…et pour les espaces naturels ultra-sensibles des marais d’Itteville
Le secteur d’exploitation de la concession de Vermilion est devenu depuis sa création particulièrement vulnérable, justifiant une protection renforcée à de nombreux titre. Il affecte aujourd’hui :
Le Parc Naturel Régional du Gâtinais Français ;
2 sites Natura 2000 ;
Les marais de la basse vallée de l’Essonne labellisés en 2021sur la Liste verte très restreinte de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Un périmètre préfectoral de Protection de Biotope (APB) ;
Les Espaces Naturels Sensibles (ENS) des marais de l’Essonne et les zones de préemption prévues pour leur extension ;
Une réserve naturelle et des Espaces Boisés Classés ;
11 zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de type I, 2 ZNIEFF de type II et une Zone Importante pour la Conservation des Oiseaux (ZICO)
Le périmètre est concerné par 1 site inscrit, 1 site classé et 7 édifices recensés au titre des Monuments Historiques. Il est aussi concerné par le risque inondation, le risque mouvement de terrain : retrait/gonflement des argiles.
Deux Installations Classées pour la Protection de l’Environnement dites « SEVESO Seuil Haut » sont présentes au Nord hors de la concession.
Enfin, les communes concernées par la concession sont considérées comme sites d’intérêt archéologique.
Le mépris de Vermilion à l’égard de son environnement et de ses exigences de protection transparait à chaque page de sa demande de prolongation d’exploitation; Il se contente pour démontrer son attention à la protection de l’environnement, de mettre en avant son expérience, et l’ancienneté des problématiques de risques à gérer. Il se borne à évoquer ses projets de nouveaux puits comme des hypothèses de développement futur, s’exonérant de ce fait d’en préciser l’impact sur le milieu . Sa prise en compte des exigences des autorités compétentes en matière d’eau et d’environnement se borne à recycler des données anciennes. Exemple en matière d’eau potable: Vermilion nous assure prendre en compte ses impératifs par un protocole de 2015 avec le SIERE, un syndicat des eaux qui a disparu depuis plus de 6 ans; Pour les Espaces natures sensibles, il fait référence aux objectifs du « Conseil Général » d’il y a 9 ans, etc….
Au total l’acharnement de Vermilion à développer en Essonne son exploitation des hydrocarbures, quoiqu’il en coûte et le plus activement possible , témoigne qu’il n’accorde aucun crédit aux engagements de la première ministre de faire de la France la première grande nation à sortir des énergies fossiles.
Alors que plus de 300 scientifiques en appellent à la signature d’un traité de non-prolifération des énergies fossiles, la responsabilité de l’Etat et des collectivités locales nous parait être au minimum de saisir toutes les occasions pour engager la sortie progressive de nos territoires de la production de ces énergies et la reconversion des opérateurs concernés.






